Bombardier a annoncé jeudi passé une commande ferme de 40 avions CSeries par Republic Airways Holdings. Cette commande s'accompagne d’une option de 40 autres appareils du même modèle. On parle donc d'une commande 3,06 milliards US qui est la bienvenue chez le constructeur montréalais et nous sommes d'opinion qu'il en fallait une bonne pour partir le bal.
En effet, cette commande arrive à point et celle-ci pourrait bien produire l'effet boule de neige sur les ventes. Notons que rien n'avait été annoncé au dernier salon aéronautique de Singapour en janvier dernier concernant la CSeries et plusieurs se demandaient quand les commandes commenceraient à être annoncées. Il s'agit donc d'un soupir de soulagement pour plusieurs employés dont ceux de Mirabel où sera fait l'assemblage final et pour les employés de l'usine de l'arrondissement Saint-Laurent, où seront construits le fuselage arrière et le poste de pilotage. Les retombées économiques de ce projet sont évaluées à plus de 1 000 emplois d'ici 2013 et 3 500 emplois lorsque la production sera à son sommet vers 2017.
Dernièrement la compagnie Bombardier avait beaucoup parlé des fournisseurs avec laquelle elle avait l'intention de travailler pour la construction de l'avion comme les winglets ou le fuselage, du choix des usines d'assemblage un peu partout dans le monde, mais rien du côté des ventes. À l'automne, Bombardier avait même présenté une pièce du fuselage central, fabriqué en alliage aluminium-lithium. Celle-ci arrivait directement de Chine. Les journaux en ont parlé abondamment, mais la nouvelle était aussi vide que le fuselage lui-même. En effet, toujours pas de commandes! Bref, chaque petite nouvelle concernant la CSeries a été annoncée, mais jamais de commandes importantes et surtout de commandes fermes. Il aura donc fallu le début de 2010 pour lancer véritablement les ventes de ce nouveau biréacteur et il était temps.
Rappelons que dans le cas de Bombardier, la marge d’erreur est mince. En plus d’engloutir une somme colossale d'argent dans le développement de l'appareil, le succès de la commercialisation de celui-ci n'est pas gagné d'avance. En effet, la compétition est déjà très forte dans le créneau des avions de 110-130 places. Aussi, le CSeries ne volera pas avant quelques années et les premières livraisons sont prévues pour 2013. Malgré le fait que les spécialistes de l'industrie estiment que le potentiel de vente de ce genre d'appareil dans les prochaines années est d'environ 4000 appareils, il ne faut pas oublier que la compagnie brésilienne Embraer est elle aussi déjà engagée fermement dans cette catégorie avec son modèle ERJ-190. De plus, le Superjet 100 de la compagnie russe Sukhoi sera commercialisé bientôt. La partie n'est pas gagnée d'avance pour Bombardier. Voilà ce qu'un spécialiste de l'industrie de l'aviation avait à dire récemment concernant la CSeries: "Ce projet est probablement le plus gros risque que le constructeur montréalais a pris depuis sa fondation en 1986 lorsqu'il a fait l'acquisition de Canadair."
Pour conclure, rappelons aussi que l'industrie traverse sa pire crise depuis des années et que le trafic aérien a diminué substantiellement en 2009 selon l'IATA. Il est certain que tous le monde s'entend pour dire que les ventes d'avions vont rebondir d'ici quelques années, mais en attendant cette crise à l'effet pervers de retarder les commandes et les livraisons.