L’entraînement des pilotes de ligne.

par Ciel Québécois

8 septembre 2013

L’entraînement des pilotes de ligne se fait maintenant à l’aide de simulateurs. Photo: Alain Tremblay

Avec l’expérience et le temps, j’ai évolué vers des avions de plus en plus gros jusqu’au moment ou la formation en vol n’était plus suffisante. Pour des avions plus sophistiqués comme les avions à réaction, l’entraînement se fait sur simulateur. Je ne parle pas d’un simulateur d’école ici. Il s’agit d’un simulateur certifié par Transport Canada pour la formation complète sur un avion de ligne, c’est-à-dire qu’une fois la formation complétée, le pilote peut prendre place directement dans l’avion et partir en vol sans devoir faire de période d’adaptation. Ça, c’est dans la théorie, car dans la vie, je vous assure qu’une période d’accoutumance est nécessaire pour voler l’avion, surtout si c’est la première fois que vous pilotez un jet.

Sur les avions de moyen tonnage comme avec le Boeing 737, la formation commence donc avec une partie théorique d’une durée minimum de 40 heures effectuée sur ordinateur. Cette formation porte sur les systèmes. Le pilote doit aussi étudier les procédures de vol. La partie théorique est sanctionnée par un examen de connaissance d’une centaine de questions et dont la note de passage est de 80 %. Ensuite la formation pratique commence. Nous faisons la formation en binôme, à tour de rôle nous allons occuper le siège de gauche et de droite. La formation sur le simulateur va durer 10 jours à raison de deux sessions de deux heures par jour.

À Miami, dans le cadre de ma formation, j’ai suivi ma formation dans un simulateur de Boeing 737 qui est la représentation exacte du cockpit de l’avion. Certains systèmes sont toutefois absents comme par exemple le FMS (système de navigation). Côté vision, des progrès ont été faits depuis. Si vous avez l’occasion de voir des simulateurs de Global Express, Airbus 330 ou de Boeing 767 comme j’ai eu l’opportunité de voir, le graphisme est époustouflant. Le personnel de piste est animé, des véhicules circulent sur la rampe et il y a du trafic aérien. Dans ce cas-là, la formation est encore plus réaliste, on s’y croit vraiment. Mais en ce qui nous concerne, la vision était parfaite pour effectuer des approches de précisions, des virages d’alignement, etc. Chaque simulateur sa particularité. Néanmoins, chaque simulateur doit être agréé par Transport Canada, car il doit répond aux normes de formation pour la délivrance de qualification de type.

Le but ultime de la formation en simulateur est de pouvoir se pratiquer sur des anomalies et des urgences que seul cet outil pédagogique nous permet de faire. Certaines pannes par exemple la perte d’un moteur avant la rotation sur un avion multimoteur ne peuvent être pratiquées en réel, lors d’un entraînement, sans mettre en jeu la sécurité. L’instructeur peut programmer une panne de système, une panne de moteur ou même la perte de pressurisation due à l’ouverture d’une porte en vol. Nous devons alors réagir rapidement et appliquer les procédures, passer en revue les listes de vérifications et dans certains cas planifier un retour d’urgence avec un atterrissage.

Un autre aspect du simulateur est l’apprentissage de la bonne façon d’opérer un avion en équipage. Nous appelons cela le CRM (Crew Ressources Management). Pour travailler de façon sécuritaire et optimum, nous sommes appuyés d’un document qui s’appelle le SOP (Standard Operation Procedures). Avec cette approche, chaque pilote maitrise clairement son rôle. Par exemple, l’un pilote l’avion et se concentre sur cette tâche alors que l’autre pilote effectue les actions relatives à la phase de vol ou de l’urgence du moment.

Plus économique qu’une formation sur avion (comptez entre 5000$ et 8000$) mais surtout gage de sécurité dans le concept de la formation, la simulation est l’outil principal pour l’entraînement des équipages de conduite surtout sur les gros avions de ligne.  Nous devons d’ailleurs y retourner tous les 6 mois pour pratiquer les procédures d’urgence et faire une évaluation de nos compétences.

C’est ainsi qu’au lendemain de ma formation sur simulateur qui a duré 10 jours,  j’étais en route vers Winnipeg pour faire mon premier vol sur un « vrai » Boeing 737…

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