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Anecdotes de pilotes

Frousse nocture en Cessna 172

Premier vol de nuit. C’est une superbe nuit étoilée, je suis nerveux et survolté.  Je n’arrive toujours pas à croire que je suis pilote et me voilà à mon premier vol de nuit…

Élève pilote : Vincent Pilon
Endroit : Aéroport de Mascouche, Québec.

Appareil : Cessna 172
Date : 19 septembre 2007
Heure : 20h00

Premier vol de nuit. Ce dernier est donc prévu en circuit. Je prends tout mon temps pour faire les vérifications et elles sont toutes parfaites. Léger vent de face favorisant la piste 29, mais augmentant à 23 kt à 1000 pieds. On se positionne, moi et mon instructeur, à l’écart de la piste sur la bretelle Bravo. Nous sommes numéro 2 derrière un étudiant en SOLO qui s’aligne aussi piste 29.  C’est une superbe nuit étoilée, je suis nerveux et survolté.  Je n’arrive toujours pas à croire que je suis pilote et me voilà à mon premier vol de nuit… le rêve quoi!

La piste est maintenant dégagée, c’est à nous de nous aligner. Chauffe carburateur en position  »OFF »,  Transpondeur en position  »ALT ». Je pousse la manette de puissance à fond!  Rotation normale, on quitte le sol et… malheur… le moteur se met à avoir des ratés! Moment de panique à 50 pieds ou 100 pieds sol.  La piste n’est plus suffisamment longue pour se poser droit devant. Une poussée d’adrénaline monte en moi. Aussitôt mon instructeur prend les commandes, je lui laisse savoir que je n’y vois aucun inconvénient!  Il fait chaud, tout se passe très rapidement.  Instinctivement, nous faisons un tour cabine pour vérifier ce qui pourrait être la cause de ce problème mécanique, mais à première vue rien n’est anormal.  Par chance, le moteur tient bon malgré une perte de puissance notable.

À 800 pieds sol c’est l’heure des décisions et on décide de couper la puissance et de revenir à contre sens sur la piste 11.  Je prends alors le contrôle de la radio et lance un appel sur la fréquence de l’aéroport pour indiquer nos intentions à la circulation présente dans le circuit… Et puis rien, juste le silence radio. Pourtant, nous savons qu’il y a un autre avion dans le circuit.  À première vue, on porte peu attention à ce détail, car la priorité est de mettre ce coucou sur la piste le plus rapidement possible en toute sécurité.

Par conséquent, on s’aligne donc en finale piste 11 après un virage à 180 degrés.  Les vents sont forts et nous les avons maintenant dans le dos… Il faut perdre de l’altitude rapidement pour faire cette piste, mais avec un vent dans le dos la distance d’atterrissage est beaucoup plus longue.  Environ 10 % de plus pour chaque 2 nœuds de vent dans le dos. Le Cessna à de la difficulté à ralentir, même avec les volets à 40 degrés c’est comme si aucun volet n’était appliqué… Atterrir vent de dos n’était sûrement pas la meilleure chose à faire, mais avec un moteur qui a des ratés c’était la seule avenue possible.

Finalement, on dépose  »brusquement » le train principal à mi-piste avec une vélocité légèrement au-delà de celle généralement recommandée par le manufacturier… Disons qu’on a foutu le coucou par terre et qu’on a sauté sur les freins.  N’oubliez pas que l’on n’a jamais reçu confirmation de notre copain qui devrait se mettre en finale piste 29 soit face à nous.  On dégage la piste rapidement sur Bravo et  »ouf! » on respire pour la première fois depuis plusieurs interminables minutes.

C’est l’heure des questions et de la recherche intensive du ou des problèmes.  Une idée jaillit alors en moi, les volets sont électriques sur un 172, non?… J’y jette un oeil et constate qu’ils sont à 0 degré malgré nos démarches.  Les pièces du puzzle se mettent finalement en place.  Notre système électrique était foutu, il n’y avait plus de courant dans la batterie!  Plus de radio, plus de volets, et finalement plus de feux de positions!

Le problème semble facile à résoudre une fois au sol, mais en vol ce n’est pas si évident.  Mais qu’advient-il de cette perte de pouvoir sur le moteur? Celui-ci était pourtant la source de nos problèmes? Ce n’est que quelques jours plus tard que j’ai obtenu les réponses à mes questions lorsque le mécanicien m’a appelé pour m’expliquer que l’alternateur avait flanché ce qui a vidé la batterie.  Pour ce qui est du moteur, il n’avait qu’une seule explication possible, car rien n’était anormal.  Selon lui, de l’eau se serait accumulé à l’entrée du carburateur ce qui, de toute évidence, a causé des ratés au moteur.

Comment ai-je pu manquer l’ampèremètre? Il devait probablement indiquer une tendance négative.  Mon professeur de théorie au sol nous disait de ne jamais nous laisser endormir par nos habitudes. Voici une preuve qu’il avait raison.  Je ne suis qu’un pilote avec quelques dizaines d’heures, mais j’avais tout de même eu le temps de développer des habitudes. Déjà… Personne n’est à l’abri d’une erreur alors, soyez vigilants chers collègues et surtout bon vol de nuit!

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