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Militaires

Le Avro Arrow, un avion légendaire pour les mauvaises raisons.

C’est le 25 mars 1958 que le Avro Arrow immatriculé RL-201 a fait son vol inaugural. Photo: S. Schneider

C’est le 25 mars 1958 que le Avro Arrow immatriculé RL-201 a fait son vol inaugural. Équipé de deux moteurs Pratt and Whitney J.75, cet intercepteur totalement conçu au Canada par A.V.Roe Aircraft devait remplacer le CF-100 comme intercepteur de missiles durant la guerre froide. Équipé de commandes électriques de vol et d’un système de guidage révolutionnaire, le projet CF-105 Arrow servi de banc d’essai pour plusieurs technologies encore utilisées aujourd’hui.  Le joyau du programme était sans nul doute les moteurs Iroquois MKII, X116 développés par la compagnie Orenda.  Ces moteurs devaient propulser l’intercepteur supersonique à plus de 60,000 pieds à une vitesse de 1,5 mach.

Malheureusement, le CF-105 Arrow deviendra un avion légendaire pour les mauvaises raisons.  En effet, ce ne sera pas les performances ni les exploits de celui-ci qui marqueront l’histoire mais l’abandon du projet CF-105 Arrow dans la controverse le 20 février 1959 pour des raisons stratégiques et politiques.  Le gouvernement Diefenbaker motivera sa décision en expliquant que les intercepteurs supersoniques étaient devenus désuets suite au vol du Sputnik Russe et avec l’apparition des missiles intercontinentaux. Le dépassement de coûts viendront aussi sonner la fin définitivement de cet ambitieux projet.

Au total cinq intercepteurs immatriculés de RL-201 à RL-205 équipés de moteurs Pratt and Whitney J.75 seront construits et testés. Le sixième et dernier exemplaire fut le CF-105 Arrow immatriculé RL-206 propulsé par deux moteurs Orenda Iroquois MKII. Cette propulsion était 40% plus puissante que les moteurs de Pratt and Whitney J.75. Malheureusement cet exemplaire n’a pas été achevé avant l’annulation du projet, il n’a donc jamais volé.  C’est en mai 1959, dans la controverse que le gouvernement ordonnera la démolition complète et la mise au rebus des six exemplaires existants.

2 comments
  1. Sylvain PASSEMAR

    … L’intercepteur « pur » rendu obsolète par l’apparition des missiles et la disparition prévisible des gros bombardiers stratégiques, seul le chasseur-bombardier pouvait encore espérer un avenir.

    L’Arrow CF-105 n’avait jamais été prévu pour ce rôle. Son éventuelle conversion – que dut également subir, quoique dans une moindre mesure, le McDonnell-Douglas « Phantom II » – aurait assurément coûté une fortune, que le gouvernement conservateur nouvellement élu voulait d’autant moins payer qu’il s’était engagé à acheter des missiles anti-aériens « Bomarc » auprès des Américains.

    Le 20 février 1959, ce fut la fin. Cédant aux comptables qui n’avaient d’yeux que pour les dépassements de budget, aux « spécialistes » qui lui juraient que l’avenir n’appartenaient plus qu’aux missiles, et aussi aux sirènes des lobbyistes américains, le Premier Ministre du Canada, John Diefenbaker, décida d’annuler purement et simplement tout le programme du CF105.

    Les concepteurs de l’Arrow furent licenciés, de même que les 14 000 ouvriers et employés d’Avro, dont la faillite survint peu après. Les prototypes déjà construits furent découpés au chalumeau et envoyés à la ferraille, tous les plans et documents techniques brûlés, et ce afin d’empêcher une résurrection éventuelle du programmes sous un autre gouvernement.

    Au final, quatre cents millions de dollars partirent ainsi en fumée, et les ingénieurs et techniciens les plus qualifiés aux États-Unis, où on les accueillit à bras ouverts chez Boeing, Lockheed , McDonnell, ou à la NASA, afin d’y concevoir des avions semblables à l’Arrow.

    L’industrie aéronautique canadienne mit plus d’une génération pour se remettre de ce « vendredi noir ». Mais, au Canada comme ailleurs, le triomphe des « Bomarc » et autres missiles sol-air fut de courte durée : bien moins polyvalents que les intercepteurs pilotés, les derniers exemplaires disparurent du sol canadien en 1969 pour y être remplacés par des chasseurs-bombardiers… américains (*)

    (*) McDonnell-Douglas F101 Voodoo

  2. Sylvain PASSEMAR

    … la Seconde Guerre mondiale terminée, les nouveaux bombardiers stratégiques à réaction, bien que débarrassés des canons anti-aériens de gros calibre (devenus incapables de les suivre aux vitesses et altitudes où ils évoluaient désormais), restaient sous la menace des avions de chasse, à présent équipés de canons à tir ultra-rapide ou – mieux encore – de missiles air-air.

    En 1953, le gouvernement canadien, qui craignait les bombardiers russes dont l’arrivée était considérée comme imminente, accepta de financer la création d’un intercepteur bisonique, capable de les détruire à très haute altitude, et sans l’assistance de radars au sol – immensités canadiennes obligent.

    Pareil défi excédait de loin les capacités techniques de l’époque, et si l’Avro-Canada CF-105 « Arrow » parvint finalement à satisfaire au cahier des charges, ce ne fut qu’après d’innombrables retards, et au prix d’une véritable explosion du budget initialement prévu.

    Cette hausse vertigineuse des coûts de production de l’Arrow, rendue inévitable par la complexité de plus en plus grande des avions modernes, n’était pas rédhibitoire en soi – tous les pays industrialisés y étant également confrontés – mais tombait d’autant plus mal que la mise en orbite du premier « Sputnik » russe, le 4 octobre 1957 – le jour même de la première présentation publique de l’Arrow ! – remit en cause l’intérêt-même des bombardiers, et donc des chasseurs conçus pour les intercepter.

    A quoi bon continuer à construire des bombardiers pilotés, toujours très vulnérables et exigeant d’interminables pistes de décollage et d’atterrissage, alors que des missiles intercontinentaux à tête nucléaire, tirés depuis le fond des océans (premier lancement d’un Polaris : juin 1963), ou depuis des plate-formes spatiales, promettaient de meilleurs résultats à moindre coût ?

    Et si le bombardier devenait inutile, alors l’avion destiné à l’intercepter l’était tout autant.

    Cdt Sylvain PASSEMAR

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